Enseignement du mois d’octobre

Matthieu 18.21-35

L’éternel Dieu  dit : « il n’est pas bon que l’homme soit seul…. » (Gen 2/18).  Ce passage est très familier pour nous, adultes,  cela pourrait ne pas être le cas pour  les plus jeunes, mais on le  retrouve habituellement sur les papiers glacés des faire-part de mariage joliment faits. Je suppose que certains d’entre nous ont  déjà entendu au moins une fois des prédications autour de ce thème lors d’un culte de bénédiction nuptiale. Que pourrait-on dire de cette parole de Dieu ?

« Il n’est pas bon que l’homme soit seul…. », peut être interprétée de deux manières assez complémentaires.  D’abord, ce verset laisserait transparaitre une certaine inquiétude de la part de Dieu lui-même pour l’homme, ou plutôt un souci bienveillant de DIEU pour l’humanité. Ensuite, on pourrait supposer que très tôt dans la Bible, dès la création, une question si proche,  si caractéristique de nos sociétés occidentales semble avoir été posée, la question de la solitude. Pour répondre à cela, Dieu a déjà essayé de trouver parmi les animaux et les oiseaux d’éventuelles aides pour l’homme, sauf que cette recherche fut vaine, infructueuse, aucun des animaux n’était compatible avec l’homme : « l’homme désigna par leur nom tout bétail, tout oiseau du ciel et toute bête des champs, mais pour lui-même, l’homme ne trouva pas l’aide qui lui soit accordée… » ( Gen 2.20) . Car, il faut souligner que  l’homme est une créature à part, c’est la seule parmi les nombreuses autres que Dieu a créé, qui a reçu son souffle et pas seulement, puisque c’est la seule qui a été façonnée à sa ressemblance et modelée à  sa propre image : « Dieu créa l’homme à son image, à l’image de Dieu il le créa ; mâle et femelle il les créa.… » ( Gen 1-27).  C’est dire à quel point l’homme est une créature unique, singulière mais, selon la parole de Dieu, il n’a pas vocation à vivre seul tout au long de sa vie. Cette créature particulière n’a pas à vivre dans la solitude. Nous sommes tous  témoins des ravages que la solitude peut entrainer dans une société donnée. Ceux qui habitent dans les immeubles en centre -ville, connaissent tous des personnes âgées qui vivent toutes seules tout au long de l’année. Elles ne reçoivent plus aucune visite, elles sont abandonnées par leurs proches, leurs familles, voire même par leurs propres enfants. Elles sont aussi les plus vulnérables en cas d’urgence. Mais aussi toutes les formes de dépendances, que ce soit à l’alcool, aux jeux ou autres addictions peuvent avoir leurs racines dans ce mal être que vit une personne seule, isolée. C’est regrettable de savoir que le fonctionnement de la société va à l’encontre de l‘exigence de solidarité, de l’amour. On pousse les gens à se désintégrer  mais pas  à s’unir, si bien qu’au lieu de se prendre par les mains afin de réunir leur forces, rassembler leurs espoirs, mutualiser leurs visions, pour un monde meilleur, les gens préfèrent s’individualiser. L’autre n’est plus vu comme son alter ego, son semblable vers lequel on peut construire un pont, mais comme un étranger. Contre son éventuelle intrusion, on construit un mur. En faisant reposer l’évolution des êtres dans la société sur  le mérite, on laisse la concurrence s’installer partout, Or la concurrence s’oppose  à la solidarité. De ce fait, l’altérité est une menace, ou pire un fardeau qui ralentirait notre course, mettrait en cause notre réussite, freinerait  notre projet de vie vers  plus de pouvoir, de visibilité, de monopole etc. Alors que le souci bienveillant de Dieu pour l’homme,  et le fait d’avoir créée une multitude d’être vivants, permet  de dire que Dieu n’est pas dans cette logique de désagrégation de la société. Dès la création Dieu était dans une perspective autre,  celle du vivre ensemble, de la cohabitation, de l’harmonie et de la symbiose entre les  êtres qu’il a tous créés mais autour de l’être humain, désigné comme l’intendant de cet ensemble fragile et  luxuriant qu’est le paradis du jardin d’Eden : « Voici, je vous donne toute herbe qui porte sa semence sur toute la surface de la terre et tout arbre dont le fruit porte sa semence ; ce sera votre nourriture. A toute bête de la terre, à tout oiseau du ciel, à tout ce qui remue sur la terre et qui a souffle de vie, je donne pour nourriture toute herbe mûrissante. …. » (Gen 1.29-30).

« Le SEIGNEUR Dieu dit : Il n’est pas bon que l’homme soit seul ; je vais lui faire une aide qui sera  son vis-à-vis ».  Ça voudrait aussi dire que l’administration et la gestion de cet espace où se trouvaient et vivaient les créatures de Dieu  n’était pas l’affaire d’un seul être humain, elle nécessitait une forme de collaboration, de dialogue,  qui impliquait un langage commun, une communication, voire même un sentiment partagé.  C’est cette exigence qui aurait pu être  à l’origine de la création de la femme non pas de l’extérieur mais à partir de l’homme lui-même, de sorte qu’il y ait entre eux un emboitement parfait : «Le SEIGNEUR Dieu fit tomber dans une torpeur l’homme qui s’endormit ; il prit l’une de ses côtes et referma les chairs à sa place. Le SEIGNEUR Dieu transforma la côte qu’il avait prise à l’homme en une femme qu’il lui amena.  L’homme s’écria : « Voici cette fois l’os de mes os et la chair de ma chair, celle-ci, on l’appellera femme car c’est de l’homme qu’elle a été prise » ( Gen 2.21-23) ». Car il semblerait que  la bonne marche de l’ensemble dépende de l’harmonie et de l’unité des deux genres, l’homme et la femme. Cependant ce que Dieu n’aurait peut-être pas imaginé, c’est que ces deux êtres si semblables, si compatibles, si magnifiques allaient procréer.  Pour cela, ils allaient franchir la zone rouge formellement prévenue, la prescription relative à l’arbre de vie et de la connaissance : Le SEIGNEUR Dieu prescrivit à l’homme : « Tu pourras manger de tout arbre du jardin, mais tu ne mangeras pas de l’arbre de la connaissance de ce qui est bon ou mauvais car, du jour où tu en mangeras, tu devras mourir » ( Gen 2.16-17). Cependant, Dieu n’a-t-il pas auparavant béni l’homme en ces termes : « Soyez féconds et prolifiques, remplissez la terre et dominez-la. Soumettez les poissons de la mer, les oiseaux du ciel et toute bête qui remue sur la terre ! » ( Gen 1.28). Alors, ce ne serait pas tant le fait d’avoir procréé que  cristallise la colère de Dieu envers l’homme, mais c’est plutôt d’avoir succombé facilement devant la tentation. Malgré l’extrême sévérité de la sanction : « Le SEIGNEUR Dieu l’expulsa du jardin d’Eden pour cultiver le sol d’où il avait été pris » (Gen 3.23),  l’homme reste la créature la plus aimée de Dieu.  Dieu ne  l’a jamais complètement oublié. Au contraire, il a tout fait pour le ramener sur le droit chemin. En témoignent toutes les alliances qu’il a contractées avec l’homme tout au long de l’histoire de l’humanité, à commencer par l’alliance Noachique (Gen 9)  qui s’est terminée avec l’envoi de son Fils unique J-C, qui a servi de sacrifice pour notre salut. Quoi qu’il en soit, de par sa nature même, l’homme demeure une proie facile pour les tentations qui, forces est de l’avouer, peuvent se manifester de mille manières. Le statut et  la soi-disant sagesse humaine n’y peuvent rien faire, David tombait sous le charme de Bethsabée (2 Sam 12),  Pierre l’un des pièces maîtresses du premier cercle de l’entourage de Jésus- Christ, a affirmé trois fois de suite   ne pas faire partie des compagnons  de son maître:   Prenant la parole, Pierre lui dit : « Même si tous tombent à cause de toi, moi je ne tomberai jamais. » Jésus lui dit : « En vérité, je te le déclare, cette nuit même, avant que le coq chante, tu m’auras renié trois fois » (Mt 26.33-34).  

L’histoire a par ailleurs montré que l’homme qu’il soit laïc ou religieux est capable des pires tragédies. Dans la Bible le caractère transgressif de l’homme est mis en évidence par l’ensemble de ses écrits. Le texte du jour en est  un exemple concret.

On pourrait alors dire que l’homme a construit son avenir non par sur un malentendu mais sur une faute délibérément commise, une faiblesse qui continue à marquer son histoire et la société humaine. Car, au fond, il n’arrivera jamais à s’en défaire. C’est pourquoi, aucune communauté n’est parfaite, il n’y a pas d’église ou d’associations diverses qui ne soient  traversées par des querelles internes, il n’y a pas de couple qui ne connaisse  de tempête, de convictions religieuses ou autres qui ne soient en proie au doute et au questionnement. On ne saurait dire  combien de patrons sont honnêtes, le moins que l’on puisse dire c’est qu’ils sont, pour la plupart, davantage obnubilés par le profit, la plus-value que par les conditions de travail ou le maintien de l’emploi. Les délocalisations ont vidé l’Europe de son industrie, le travail des enfants rapporte beaucoup aux petits patrons véreux en Asie ou en Afrique. Le mot collègue signifie tout simplement concurrent ce qui veut tout dire. Les Américains se retirent de l’accord de Paris sur le climat qui vise  à réduire drastiquement la pollution de l’environnement. Les Malgaches n’en finissent pas avec la peste, sa propagation est à craindre à ce jour, un malheur qui s’additionne à beaucoup d’autres comme l’insécurité, le délestage, la pauvreté etc.  Signe de la faillite de tous les dirigeants qui se sont succédé à la tête de cette nation pour améliorer la vie de la population.

C’est la réalité à laquelle on assiste, avec laquelle le monde continue sa route.  Ceci étant, l’homme  a aussi fait des prouesses, même si toutes ses exploits  ne sont pas louables, ni ne contribuent au bien être de l’individu, ni à la l’égalité de l’être. Face à cela que peut-on espérer les  chrétiens ?

La chance est très mince pour qu’un changement radical puisse voir le jour dans le monde, ce qui ne nous empêche  pas de faire des efforts pour être à la hauteur des paroles de Jésus que nous devons ériger comme un slogan :   « Je vous donne un commandement nouveau : aimez-vous les uns les autres. Comme je vous ai aimés, aimez-vous les uns les autres. A ceci, tous vous reconnaîtront pour mes disciples : à l’amour que vous aurez les uns pour les autres » (Jean 13-34-35).

Mais pour y parvenir, chacun doit se mettre ou s’allonger sur une table de menuiser de notre Seigneur Jésus-Christ, pour se faire raboter quotidiennement de toutes ses rugosités spirituelles par la parole de Dieu : «Vivante, en effet, est la parole de Dieu, énergique et plus tranchante qu’aucun glaive à double tranchant. Elle pénètre jusqu’à diviser âme et esprit, articulations et moelles. Elle passe au crible les mouvements et les pensées du cœur» ( Hb 4.12).

 

Pasteur Marc RAKOTOARIMANGA

 

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