Enseignement (27 août)

Matthieu 16/13-20

Selon le chiffre officiel, la religion chrétienne reste la religion la plus pratiquée au monde avec presque deux milliards de membres.  Au temps de Jésus et dans l’endroit où il a vécu, c’est sans aucun doute la religion juive qui occupe la première place, les autres restent une infime minorité : les samaritains.

En regardant notre texte du jour, l’on pourrait dire que Jésus a effectué une sorte de sondage d’opinion auprès de ses disciples pour connaître l‘évolution de la manière dont il est perçu par la population depuis qu’il augmente fortement sa présence sur le terrain, au bord de la mer, sur les places publiques, sur le parvis du temple : «   Au dire des gens, qui est le Fils de l’homme ? Ils dirent : Pour les uns, Jean le Baptiseur ; pour d’autres, Elie ; pour d’autres encore, Jérémie, ou l’un des prophètes.  Et pour vous, leur dit-il, qui suis-je ? » ( v14-15).  La mission de Jésus peut être classée en trois catégories : l’enseignement qui comporte les prédications publiques, les enseignements qu’il prodigue en aparté à ses disciples.  Les actes de guérisons aussi bien physiques que spirituels.  La résurrection, le  cas de Lazare (Jean 11/38) ,  en est l’exemple le plus concret. Enfin, les miracles avec comme point d’orgue, la multiplication des pains ( Mt 15/32).  Si on résume les réponses des disciples, le moins qu’on puisse dire c’est qu’elles ne sont ni décevantes ni satisfaisantes. Elles ne sont pas décourageantes en ce sens que la foule ne considère pas Jésus comme un charlatan, un gourou qui profite de la faiblesse des autres comme on en trouve partout et dans toutes les religions aujourd’hui. Contrairement aux chefs religieux de l’époque, surtout les pharisiens qui n’hésitaient pas à l’accuser d’œuvrer pour le diable : « Alors on lui amena un démoniaque aveugle et muet, et il le guérit, de sorte que le muet parlait et voyait. Toutes les foules, stupéfaites, disaient : N’est-ce pas là le Fils de David ? L’ayant appris, les pharisiens dirent : Il ne chasse les démons que par Béelzéboul, prince des démons ! » (v23-24), les gens, eux, confondaient Jésus avec des personnages de premier plan dans la Bible comme les prophètes Jérémie et Elie, ou encore Jean-Baptiste, ce qui en soi n’est pas une mauvaise nouvelle. Néanmoins, leurs réponses sont insatisfaisantes en ce que personne ne considère Jésus comme le Messie que Dieu a envoyé dans le monde pour lui apporter le salut. C’est le cœur du message que  les églises du monde entier répandent  depuis des siècles. Précisément à propos de l’Eglise, Jésus a évoqué quelque chose dont la portée marque à jamais  son histoire, car en s’adressant à Pierre il dit : « Moi, je te dis que tu es Pierre, et sur cette pierre je construirai mon Eglise, et les portes du séjour des morts ne prévaudront pas contre elle » (v18). C’est  dire que l’image de l’Eglise est indissociablement liée au personnage de Pierre. Or,  le texte d’aujourd’hui, mais de manière plus large les quatre évangiles laissent transparaître quelques traits saillants  de son caractère. A l’image de l’apôtre Pierre, l’Eglise doit avoir un leader, car aucun n’ignore que cet homme agit en tant qu’un vrai chef au sein du premier cercle de Jésus. Il me semble que c’est le cas, chaque Eglise a son propre chef quoique chez les protestants on préfère largement l’usage d’un autre terme à la place de chef, président, comme pour rappeler que seul le Christ est le chef de l’Eglise. Au niveau local, les pasteurs et prêtres assurent le dynamisme spirituel et social des communautés, ce sont des vrais animateurs. Sans leur contribution, il n’y aura pas tous ces gens qui se sentent en phase avec la foi que professe chaque église et sur laquelle elle continue à bâtir de nouveaux projets, des hommes, des femmes,  des enfants, des jeunes qui luttent pour une société juste. Aussi l’Eglise se repose sur une confession de foi solide, audacieuse et enthousiaste en suivant l’exemple de Pierre : « « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant. »

… »(v16).  Au moment où l’on célèbre le 500 è anniversaire de Martin Luther, le père du protestantisme, force est de rappeler en quoi  la foi protestante est si particulière. C’est son insistance sans aucune concession possible quant au caractère absolument gratuit de la foi. Les protestants considèrent que la foi est un don gratuit de Dieu pour nous et qu’elle ne dépend pas de nos œuvres. Deux faits contradictoires marquent l’histoire de l’apôtre Pierre en dehors du fait qu’il a aussi un caractère  impulsif, l’épisode du coq qui chante trois fois après que ce disciple que le Christ a tant aimé ne le renie trois fois de suite ( Luc  22/61) , et le moment où il est devenu le grand personnage du christianisme primitif ( livre des Actes) . Un vrai paradoxe qu’on peut constater dans l’histoire même des Eglises tout au long des siècles. Car, force est dire que l’image de l’Eglise toute confessions confondues est loin d’être limpide, au contraire, son parcours est émaillé à la fois de sombres histoires et de témoignages conformes exactement à son message, l’amour du prochain, l’humilité, la justice etc… Aucune Eglise n’est et ne sera jamais parfaite, c’est ce que l’on doit retenir. La perfection est un moyen permettant de corriger nos erreurs au quotidien mais jamais un fin. D’ailleurs, certaines communautés se sont mises en travers de l’Evangile en voulant trop exiger la perfection spirituelle de ses ouailles. Toutefois,  malgré l’image controversée de l’Eglise, Jésus semble avoir mis en évidence que son rôle dans l’histoire du salut et le salut lui-même reste irremplaçable : « Je te donnerai les clés du Royaume des cieux ; tout ce que tu lieras sur la terre sera lié aux cieux, et tout ce que tu délieras sur la terre sera délié aux cieux. » … » ( V 19).

Mes chers amis en Christ, deux mille ans d’évangélisation ont permis à la religion chrétienne d’occuper la première place en tant que religion la plus suivie,  mais eu égard à tout ce qui se passe actuellement dans le monde, on a le droit de se demander jusqu’à quand et sous quelles conditions cette religion peut garder sa place de leader ? Car, non seulement, on assiste depuis quelque temps à une forte poussée de l’Islam sur le vieux continent, mais surtout beaucoup d’Européens sont séduits par des religions venues d’ailleurs, le Bouddhisme en l’occurrence, son aspect simple, sans apparat attire les jeunes mais pas uniquement. En outre, l’arrivée massive des migrants dans l’espace ouest de l’Europe a mobilisé plusieurs associations humanitaires. Fidèle à son principe l’Eglise est au premier rang pour leur apporter les soins et l’accueil dont ils ont besoin. Force est cependant de souligner que souvent l’image de l’Eglise se réduit à son œuvre, à son implication sur le terrain, le  cœur de  son message, le salut en Jésus-Christ, est totalement occulté. Mais il arrive aussi que le comportement de l’Eglise elle-même soit tel qu’au lieu d’apporter l’assurance, l’espoir collectif, l’Eglise devienne davantage source de confusion que d’éclaircissement pour le monde et la société.  Lorsque l’Eglise délaisse son rôle de médiatrice pour se fourvoyer en devenant une caisse de résonance  de tel ou tel protagoniste dans le jeu politique, c’est qu’elle cesse d’être une Eglise prophète, c’est-à-dire une instance référentielle en termes de réconciliation, de paix et de justice.

Si la religion chrétienne peut continuer à se réformer et à étendre son rayonnement, c’est en grande partie grâce au témoignage de chacun des fidèles.  A l’inverse, si l’Eglise arrive à perdre sa première place, notre responsabilité est tout aussi engagée. Néanmoins,  si la religion chrétienne reste la première religion au monde alors qu’on assiste à une hémorragie de paroissiens dans nos églises, quelle réflexion devrons-nous faire ?

Quoi qu’il en soit, l’Eglise à la fois en tant qu’institution et en tant que communauté des fidèles, a besoin d’une profonde réforme.  Avant l’union des deux grandes Eglises protestantes françaises à savoir les reformées et les luthériennes, il est de coutume de mettre la lettre r désignant réformée, en minuscule mais non pas au majuscule, pourquoi ? Parce que cette Eglise estime qu’elle est appelée à se reformer continuellement, que rien n’est figé une fois pour toutes, éternellement. Constatant quelques phénomènes de transfuge de son église vers d’autres communautés, des jeunes malgaches de la FPMA se trouvent sur les bancs des communautés évangéliques au fort accent émotionnel.  Alertée, l’instance de la FPMA lance,  après un demi-siècle d’existence, et  pour la première fois, le débat sur la manière de fidéliser ses paroissiens. Effectivement, c’est peu de dire que  beaucoup d’aspects méritent d’être débattus au sein de cette première Eglise malgache en France.  Ce qui est certain, c’est que les jeunes d’aujourd’hui y compris ceux de la FPMA sont à la recherche d’une spiritualité et d’une expression religieuse qui soit plus proche de leurs aspirations. En réalité, ils ne demandent pas une refonte complète de notre pratique théologique mais plutôt une solution hybride, en greffant dans notre liturgie rigide et «  hyper-solennelle » des éléments pouvant faire appel à la spontanéité et à la chaleur humaine.   Mais au-delà de tous, c’est une réforme individuelle qu’il faut faire, de sorte que chaque chrétienne et chaque chrétien du monde entier puisse incarner l’amour de Jésus dans tous les espaces auxquels  il prend part, familial, ecclésial, professionnel, etc, et dans lesquels il évolue. Comme le dit Jésus à ses disciples : « C’est vous qui êtes la lumière du monde…Que votre lumière brille ainsi devant les gens, afin qu’ils voient vos belles œuvres et glorifient votre Père qui est dans les cieux » ( Mt 5/14-16).

AMEN

Pasteur Marc RAKOTOARIMANGA

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