Enseignement (Decembre 2016)

Premièrement, S’il est un domaine  doté d’une force et d’une place considérables dans le monde, c’est la communication qui,  il convient de le souligner, revêt plusieurs aspects. Son importance dans de nombreux secteurs  aussi bien que son intrusion dans la vie personnelle ne sont plus à démontrer. Une bonne communication est un gage de réussite, de succès, c’est incontestable. Portes ouvertes, affiches et spots publicitaires, égéries, sponsoring, etc., les grandes entreprises consacrent d’énormes budgets pour promouvoir leurs activités. Le salon de l’automobile de Paris 2016 vient d’être clôturé, Porte de Versailles,  il y a quelques semaines. L’engouement du public y est resté intact, à en croire les organisateurs,  mais tout le monde n’exerce pas dans ce secteur. En revanche même les plus petites des PME (Petites et moyennes entreprises) possèdent au moins leurs propres sites internet. Par ailleurs, les réseaux sociaux ont profondément bouleversé les relations humaines. Le contact virtuel a largement pris le pas sur la chaleur humaine que seule une rencontre réelle peut procurer. Toutefois, le fait de recenser des centaines d’amis sur son compte Facebook n’enlève rien à la solitude vécue difficilement par des millions de gens. Et cela alors même que les réseaux sociaux sont aussi accessibles via les téléphones mobiles, d’où cette concurrence farouche entre les géants de ce secteur, car l’enjeu financier est considérable. Nos jeunes sont les cibles privilégiées de leurs marketings plutôt agressifs. Offrir un téléphone portable quand un enfant rentre au collège ou  comme simple cadeau est devenu un acte banal au sein d’une famille. Pourtant, ce petit appareil de communication, en apparence inoffensif, peut entraîner bien de désagréments. Son impact négatif  au niveau de l’orthographe des élèves est bien connu du corps enseignant. Nos jeunes, voire des adultes ne peuvent s’empêcher de répondre aux messages qu’ils ont reçus en plein culte, au sein d’une famille les téléphones portables rendent difficile l’instauration d’un temps de partage et de dialogue, sans oublier d’éventuels soucis de santé liés à un usage abusif : irritation ophtalmique, problèmes de concentration, etc…

La communication constitue aussi le fer de lance de toute action associative ou politique. Tout au long des campagnes de distribution de nourriture aux plus démunis pendant les périodes hivernales, comme pour la lutte contre telle ou telle maladie rare, on voit apparaître sur nos petits écrans diverses publicités, des Restos du cœur jusqu’aux luttes contre le sida, le cancer, le tabagisme. Ce ne sont que des exemples parmi tant d’autres pour éveiller la conscience des téléspectateurs, l’esprit altruiste donc divin qui sommeille en chaque individu. A l’heure où l’on parle de manière récurrente des primaires à droite comme à gauche, il faut néanmoins rappeler que de nos jours, les diplômes, les expériences, etc…ne semblent plus suffisants à assurer une victoire électorale. La mise en place d’une communication imparable, capable de capter l’attention des électeurs, de convaincre les indécis, est incontournable. Les blogs des candidats constituent un outil de propagande des plus utilisés. Ils assurent un semblant de proximité avec les électeurs, car en réalité, les responsables politiques ignorent complètement leurs quotidiens. Affirmer sur une onde radio, comme l’avait fait ce haut responsable politique de droite de surcroît candidat à la primaire du Centre et des Républicains, qu’un croissant coûte 15 centimes alors que nous sommes en 2016 témoigne de ce décalage monstrueux entre le peuple et le pouvoir, que l’on peut constater un peu partout dans le monde, qu’un pays soit riche ou pauvre.

Que pourrait-on dire des Eglises ? Comme toutes les autres associations, les Eglises ont aussi fait le choix de jouer à fond la carte de la communication. A l’heure où la pratique religieuse continue sa chute, le recours à une communication moderne est inévitable, elle vise non pas à stopper l’hémorragie, encore moins à espérer pouvoir remplir de nouveau le temple, mais juste à afficher son existence. Même les Eglises réformée et luthérienne connues pour leur modestie légendaire n’échappent pas non plus au diktat de la communication. La toile est une fenêtre qui leur permet de constituer une sorte de paroissiens virtuels au-delà du cercle des fidèles classiques. Cependant, l’on ne saurait oublier de souligner que la situation des Eglises varie fortement d’un continent à un autre, d’une société à une autre. Le seul point commun à relever c’est qu’elles ne lésinent pas sur les efforts pour se rendre audibles. Evoquer l’Eglise revient forcement à parler de Jésus-Christ que l’apôtre Paul qualifie : « …le Christ est la tête de l’Eglise… » ( Ep 5.23). Au début de notre ère, la communication est loin d’être un objet d’études très poussé et fortement demandé. Avec le Christ, elle se limitait strictement au stade verbal, Jésus n’a jamais écrit la moindre ligne,  savait-il écrire ou pas ? On n’en sait rien. L’unique passage qui en parle se trouve dans un seul évangile, celui de Jean : « Ils disaient cela pour le mettre à l’épreuve, afin de pouvoir l’accuser. Mais Jésus se baissa et se mit à écrire avec le doigt sur la terre. Comme ils continuaient à l’interroger, il se redressa et leur dit : Que celui de vous qui est sans péché lui jette le premier une pierre ! De nouveau il se baissa et se mit à écrire sur la terre » (Jean 8.6-8). Si ce verset ne suffit pas à nous éclairer sur  l’état d’alphabétisation de Jésus, en revanche, sa précocité intellectuelle est  attesté  par les évangiles : « Or l’enfant grandissait et devenait fort ; il était rempli de sagesse, et la grâce de Dieu était sur lui » ( Luc 2.40). S’il vivait parmi nous aujourd’hui, aurait –il succombé aux pièges inhérents aux relations virtuelles ? Pas si sûr, quoiqu’il ait pu guérir quelqu’un à distance: « Il lui répondit : Moi, je viendrai le guérir. Le centurion répondit : Seigneur, ce serait trop d’honneur pour moi que tu entres sous mon toit ; dis seulement une parole, et mon serviteur sera guéri ! … Puis Jésus dit au centurion : Va, qu’il t’advienne selon ta foi. Et à ce moment même le serviteur fut guéri » (Mt 8.7-13).

Une lecture attentive des Evangiles, les quatre premiers livres du Nouveau Testament retraçant quelques séquences de la vie de Jésus-Christ, devraient faire remarquer aux lecteurs qu’à chacune de ses sorties, une foule nombreuse le suit partout où il va ; l’écoute n’importe où qu’il enseigne, sur le haut d’une colline, le long de la mer, dans la synagogue ou sur une place quelconque. C’est une foule de sympathisants totalement acquis à sa cause, fidèles. L’évangile de Luc dans l’épisode de, la multiplication des pains,   parle de cinq mille âmes : « En effet, il y avait environ cinq mille hommes. Il dit à ses disciples : Installez-les par rangées d’une cinquantaine » (Luc 9. 14). Un chiffre qui n’est pas réaliste selon certains spécialistes sans pour autant qu’ils crient au mensonge. Effectivement, il faudrait peut-être le réviser à la baisse. Quoi qu’il en soit, cette masse qui lui collait et dont il n’arrivait pas à se séparer, prouve que Jésus a su bâtir une notoriété malgré les obstacles : « Ses disciples lui disaient : Tu vois la foule qui te presse de toutes parts, et tu dis : « Qui m’a touché ? » (Mc 5.31).  Cette masse peut se répartir en trois catégories : ceux qui montrent un réel intérêt  pour ses messages, ceux qui le suivent de manière opportuniste, uniquement pour les guérisons, et enfin ceux qui le détestent viscéralement, les responsables religieux de son temps, notamment les Pharisiens : «Mais les pharisiens disaient : C’est par le prince des démons qu’il chasse les démons ! » (Mt 9.34).

Pour convaincre son auditoire, Jésus-Christ utilisait souvent les paraboles dans lesquelles il n’hésitait pas à prendre ses détracteurs en exemple : « Pour certains, qui étaient persuadés d’être des justes et qui méprisaient les autres, il dit encore cette parabole : Deux hommes montèrent au temple pour prier ; l’un était pharisien, et l’autre collecteur des taxes. Le pharisien, debout, priait ainsi en lui-même : « O Dieu, je te rends grâce de ce que je ne suis pas comme le reste des hommes, qui sont rapaces, injustes, adultères, ou encore comme ce collecteur des taxes… » (Luc 18.9-14) . C’est une forme de communication qui a l’air d’être très simple mais d’une redoutable efficacité. Le fait de s’appuyer sur la vie courante, le quotidien des gens pour étayer ses arguments facilite non seulement la transmission des messages mais aussi leur réception. Or, quel est l’objectif principal de toute prédication si ce n’est de communiquer un message de la manière la plus simple qui soit. Si les Eglises évangéliques rencontrent un tel succès là où elles s’implantent, ce n’est pas dû à une formation académique rigoureuse de leurs pasteurs, qui d’ailleurs n’en reçoivent que très sommairement. C’est plutôt dû à leurs qualités oratoires, à leurs prêches très épurés, directs et sans fioriture mais ponctués d’innombrables exemples puisés dans la vie quotidienne. Car, de tels modes de communication, utilisés par des individus dont les charismes n’ont rien à envier à ceux des leaders syndicaux ne peuvent que fonctionner.

Il se peut que des gens de la classe moyenne supérieure et des cadres n’y trouvent pas satisfaction, en revanche, les classes populaires lui réservent une écoute des plus attentives. Elles se nourrissent de toutes leurs promesses d’une vie meilleure pour sortir de leurs misères. Ces Eglises et leurs pasteurs véhiculent ce qu’on a appris en sociologie des Religions, la théologie de la prospérité.

  Deuxièmement, s’il est une grande différence entre la vie ici-bas et maintenant et la vie éternelle que Jésus-Christ nous a promise dans le royaume de Dieu, c’est le fait que les inégalités et les innombrables injustices existant dans ce monde hier, aujourd’hui et certainement  demain, seront effacées, supprimées dans le royaume céleste. Nous ressemblerons plus aux anges : « En effet, quand on se relève d’entre les morts, on ne prend ni femme ni mari, mais on est comme des anges dans les cieux » (Mc 12.25).

Alors à quoi pourrait-t-on imputer ces images pas si glorieuses voire apocalyptiques dans certains endroits de notre monde ?

Dieu n’est pas l’origine des maux qui ternissent notre société. D’ailleurs, c’est Lui, Dieu qui a créé Adam, ce qui veut dire l’homme ou l’être humain de ses propres mains : « Le Seigneur Dieu façonna l’homme de la poussière de la terre ; il insuffla dans ses narines un souffle de vie, et l’homme devint un être vivant. Le Seigneur Dieu planta un jardin en Eden, du côté de l’est, et il y mit l’homme qu’il avait façonné » (Gen 2.7-9). Ce n’est qu’après avoir transgressé les interdits que Dieu lui a prescrits en l’installant dans le jardin d’Eden tel le fait de ne pas toucher aux arbres de la connaissance que la condition de l’être humain a basculé une fois pour toutes dans le vide, dans l’abîme des inégalités sous toutes ses formes. Car une vie dans un paradis n’a pas son pareil. Tout y était à portée de main en nombre plus que suffisant, nul besoin de courber l’échine : « Alors le SEIGNEUR Dieu dit à la femme : Pourquoi as-tu fait cela ? La femme répondit : C’est le serpent qui m’a trompée, et j’ai mangé. Le SEIGNEUR Dieu dit au serpent : Puisque tu as fait cela, tu seras maudit entre toutes les bêtes et tous les animaux de la campagne, tu te déplaceras sur ton ventre et tu mangeras de la poussière tous les jours de ta vie. Je mettrai de l’hostilité entre toi et la femme, entre ta descendance et sa descendance : celle-ci t’écrasera la tête, et tu lui mordras le talon » (Gen 3). Certes, l’homme peut se consoler  grâce à sa capacité à procréer, donner et perpétuer la vie, étant ainsi une sorte de demi-Dieu, source de vie, mais à quel prix ? Au prix de divers aléas ; le fratricide dans la famille de Caïn et Abel en est le symptôme et les prémices. Les inégalités, les conflits sont inévitables quand les ressources disponibles diminuent et que le nombre de bouches à nourrir augmente, c’est une vérité intemporelle. Il en résulte une grande disparité devant l’accès aux biens et aux ressources selon qu’un pays est riche ou pauvre, de même à l’intérieur de chaque pays il y a les nantis et les démunis. Ce qui détermine par la suite la position des uns et des autres au sein de la hiérarchie sociale. Un enfant qui a grandi dans un pays aride, très peu fertile, meurtri par la guerre et rongé par le conflit n’aura en théorie pas le même avenir qu’un enfant né dans un pays riche, choyé par ses parents et entouré de sa famille. L’on regrette fortement que toutes ces situations de faiblesse, de vulnérabilité induisent paradoxalement et le plus souvent des comportements inadmissibles: mépris, exploitation, ignorance, violence, aliénation etc…

Par ailleurs, la venue de Jésus-Christ parmi nous, dans ce monde, n’aura malheureusement pas pu empêcher la multiplication des conflits, l’inflation de la pauvreté. Sachant que dans l’Ancien Testament Dieu avait déjà pris des décisions radicales de manière à purger la société humaine de tout ce qui était désagréable à ses yeux, comme l’atteste l’histoire de Noé : « Dieu vit que la terre était pervertie, car tous s’étaient pervertis sur la terre. Alors Dieu dit à Noé : La fin de tous est arrivée, je l’ai décidée, car la terre est pleine de violence à cause d’eux ; je vais les anéantir avec la terre » (Gen 6.12-13). Mais comme on dit : « on chasse le naturel il revient au galop ». Après avoir connu l’histoire tragique  des guerres de religions, l’histoire de l’esclavage, les deux guerres mondiales, la Shoah, la guerre des Balkans, le génocide rwandais, le monde assiste impuissamment, presque hébété au  massacre qui ravage la Syrie et l’Irak, deux pays qui ont pourtant leur place dans la Bible. La Terre sainte, Israël, demeure quant à elle le théâtre de vives tensions entre les trois religions monothéistes. Le philosophe anglais Thomas Hobbes (1588-1679) avait raison de dire: « que l’homme est un loup pour l’homme ».

Lors de son passage sur terre, Jésus-Christ a fait l’une de ses priorités le combat contre toutes formes d’ostracisme, de dénigrement qui étaient courantes dans la société : « Voyant cela, les pharisiens disaient à ses disciples : Pourquoi votre maître mange-t-il avec les collecteurs des taxes et les pécheurs ? » (Mt 9.11). Pour cela, il n’hésitait pas à se mettre en danger à plusieurs reprises avant que les responsables religieux ne trouvent l’occasion de l’accuser et de le présenter auprès des autorités Romaines. La suite, nous la connaissons. Notons en outre que les trois années pendant lesquelles le volume de ses activités est tel que Jésus affirma à quelqu’un : « … Les renards ont des tanières, les oiseaux du ciel ont des nids, mais le Fils de l’homme n’a pas où poser sa tête » (Mt 8.20), sont largement insuffisantes compte tenu de l’ampleur du mal, car le combat contre les injustices et les inégalités est une lutte de longue haleine. La question qu’on pourrait se poser c’est de savoir pourquoi le Christ n’est resté que trois ans sur terre ? A cela, aucune explication n’a été donnée. Sachant tout simplement que le chiffre trois est un nombre de Dieu. Néanmoins, et ce dès le début, Jésus s’est abstenu de s’immiscer dans les affaires du monde en disant à Pilate : « Jésus répondit : Ma royauté n’est pas de ce monde. Si ma royauté était de ce monde, mes gens auraient combattu pour que je ne sois pas livré aux Juifs ; en fait ma royauté n’est pas d’ici » ( Jn 18.36). Ce qui a provoqué bien des déceptions, car beaucoup voyaient en Lui l’homme providentiel, celui qui allait prendre les armes pour chasser les occupants Romains, libérer les Fils d’Israël à l’image de David qui avait tué le géant Philistin Goliath armé jusqu’aux dents avec presque rien. Ce qui signifie aussi que les guerres ou les campagnes d’occupations illégales menées au nom de Dieu pour ne prendre que l’exemple de l’Apartheid en Afrique du Sud, ne sont que prétextes  qui détournent la parole et le projet de Dieu pour aboutir à des fins politiques ou autres. En réalité, la venue de Jésus-Christ parmi nous relève du ressort spirituel plus que politique, car Jésus ne s’est jamais investi d’une mission d’instauration de la paix de manière miraculeuse comme il faisait en guérissant les malades. En revanche, l’importance qu’il accordait à l’enseignement montre que sa confiance en l’homme, en dépit des violences verbales et physiques dont il a fait les frais à plusieurs reprises, était restée intacte. Il n’y a que l’homme qui puisse être capable d’améliorer la face de ce monde, pour cela il a besoin de regarder ce que Dieu lui a fait en son Fils J-C. La notion d’amour et de sacrifice est centrale, comme Jésus lui-même l’avait annoncé : « Un des scribes, qui les avait entendus débattre et voyait qu’il leur avait bien répondu, vint lui demander : Quel est le premier de tous les commandements ? Jésus répondit : Le premier, c’est : Ecoute, Israël ! Le Seigneur, notre Dieu, le Seigneur est un, et tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ton intelligence et de toute ta force. Le second, c’est : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Il n’y a pas d’autre commandement plus grand que ceux-là » (Mc 12.28-31). Mais aussi il a dit : « Et quiconque ne porte pas sa croix pour venir à ma suite ne peut être mon disciple » ( Lc 14.27). Point de sacrifice point de changement. Alors où en sommes-nous ? Quels changements peut-on noter depuis que Dieu nous a rejoints au travers de Jésus-Christ son Fils unique?

Il est inutile de démontrer que le monde souffre, bien que cette souffrance ne soit pas perçue de la même manière selon les endroits et qu’elle n’ait pas les mêmes aspects partout. Ce mouvement massif de la population du Sud vers le Nord pour lequel aucune mesure d’empêchement n’a réussi à montrer son efficacité, témoigne d’un cri de détresse qui ne semble pas trouver l’écho qu’il mérite dans les pays d’origine. Si les Malgaches avaient la possibilité géographique de rejoindre l’Europe par voie terrestre, beaucoup auraient tenté leur chance en dépit des risques et des dangers que cela représente. Le statu quo me semble être le mot le plus approprié pour qualifier la situation de notre monde, car hormis les grands bouleversements sur plan technologique, inaugurés par la révolution industrielle, en ce qui concerne les rapports humains, les relations internationales, la situation me semble être figée. Les grandes puissances continuent à gérer le monde selon leur bon vouloir, les puissants et les riches continuent à être méprisants envers les petits, les inégalités s’amplifient, la violence est partout, l’égocentrisme est la règle, la solidarité se disloque, le populisme ne cesse de gagner du terrain. Jérusalem, la ville trois fois sainte, reste plus que jamais divisée.

Alors quelles actions devrions-nous mener ? Deux attitudes sont possibles: soit nous incriminons l’immobilisme, l’impassibilité de Dieu comme le font déjà la majorité des gens. Soit nous nous interrogeons sur nous-mêmes quant à notre propre responsabilité, notre propre immobilisme et sur les actions que nous pourrions faire en tant que Chrétiens. Autrement dit, dans quelle catégorie nous plaçons-nous  en accompagnant le Christ,  c’est-à-dire l’autre, sur le chemin de la vie ? Sommes-nous parmi ceux qui le suivent par conviction ? Ou sommes-nous comme ceux qui agissent uniquement par intérêt, par égoïsme ? Ou encore ne serions-nous pas à travers nos attitudes, nos cynismes, notre individualisme, notre matérialisme, comme les responsables religieux du temps de Jésus-Christ, en n’hésitant pas à mettre des bâtons dans les roues de toutes initiatives visant à faire bouger les lignes de fractures, à faire reculer les inégalités, à rendre la dignité aux gens.

Nous sommes à quelques semaines seulement de la célébration de Noël, cette fête que j’aimerais qualifier de la plus familiale de toutes les fêtes chrétiennes. D’abord parce que c’est l’unique célébration où l’incompréhension est moindre de la part des enfants, un enfant né n’a rien de mystérieux pour eux. Alors qu’un homme qui ressuscite après avoir été enseveli leur paraît invraisemblable, un Esprit qui apparaît sous forme de langues de feu est effrayant parce que profondément énigmatique, incompréhensible. Ensuite, bien que le côté mercantile plutôt que religieux  soit   mis  en avant en cette période, Noël  reste tout de même une fête qui rassemble. Dans de nombreux centres commerciaux, un gros sapin merveilleusement décoré est mis dans l’allée centrale, devant lequel des familles de confessions différentes se laissent prendre en photo. Noël est aussi synonyme de cadeaux, beaucoup d’enfants auront la joie de découvrir après quelques semaines d’impatience quelle marque de téléphone portable leurs parents leur ont enfin offert. Toutefois, dans d’autres endroits, dans d’autres pays, des familles entières continuent à passer Noël dans des abris de fortune, sous les bombardements. Des milliers d’enfants n’ont jamais d’autre toit que le ciel ouvert. Eux, ils ne connaîtront jamais le plaisir d’un partage de cadeaux en famille ni la joie des visites familiales de fin d’année. Les décorations de toutes sortes qui métamorphosent l’aspect de nos rues, de nos avenues, des vitrines de plusieurs boutiques, ne réduiront jamais l’épaisse nappe de brouillard qui enveloppe leur avenir ici-bas. Puissions-nous éviter le piège de l’entre soi, d’une connexion qui souffre cruellement d’un manque d’ouverture, d’une relation élitiste, sélective, pour prendre à bras-le-corps ce pour quoi les évangiles nous missionnent, témoigner, combattre, dénoncer les injustices envers ceux  que nous devons soutenir, les laissés pour compte de ce monde consumériste.

Car à défaut de pouvoir détruire la souffrance, on peut amoindrir la misère.

« La vierge sera enceinte ; elle mettra au monde un fils et on l’appellera du nom d’Emmanuel, ce qui se traduit : Dieu avec nous » (Mt 1.23).

Bonne fête de Noël à toutes et à tous.

Pasteur Marc RAKOTOARIMANGA

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